Face aux disparités persistantes d’accès à l’électricité entre les villes et les campagnes, le Centre du commerce international pour le développement (CECIDE) a présenté, lundi 26 octobre 2026, une note d’analyse consacrée aux politiques énergétiques et aux défis de l’électrification rurale en Guinée. Cette rencontre, qui a réuni des acteurs de la société civile, des médias et des représentants du gouvernement, vise à enrichir la réflexion sur les solutions durables susceptibles de réduire la fracture énergétique et de soutenir le développement des territoires ruraux.
Malgré un potentiel énergétique considérable, la Guinée peine encore à garantir un accès équitable à l’électricité sur l’ensemble de son territoire. Le pays dispose notamment d’un potentiel hydroélectrique estimé à 600 MW, d’un potentiel solaire annoncé à 4,8 kW/m² par jour, ainsi que de ressources éoliennes dont la vitesse moyenne annuelle du vent varie entre 2 et 4 m/s, selon les données du ministère de l’Énergie.
Ce contraste entre l’abondance des ressources disponibles et les difficultés d’accès à l’électricité, particulièrement en milieu rural, met en évidence les défis structurels auxquels le secteur énergétique reste confronté.
C’est dans ce contexte que le CECIDE, engagé dans la promotion de la bonne gouvernance et l’accompagnement des politiques publiques de développement à la base, a élaboré une note d’analyse intitulée : « L’électrification rurale à l’épreuve des défis : quels enjeux et quelles options pour un développement durable en Guinée ? »
L’atelier du 26 octobre avait pour objectif de soumettre ce document à l’appréciation des parties prenantes, de recueillir leurs observations et recommandations, mais aussi de consolider les conclusions issues des discussions déjà menées au sein du groupe de travail.
Le CECIDE entend contribuer à l’amélioration des politiques énergétiques.
Présidant la cérémonie d’ouverture, le directeur exécutif du CECIDE, Aboubacar Diallo, a exposé les principales motivations de cette initiative, qui ambitionne d’apporter un éclairage sur les politiques d’électrification rurale et les obstacles qui freinent leur mise en œuvre.

« La présente rencontre autour de cette note d’analyse sur les politiques énergétiques en Guinée vise plusieurs objectifs, dont, entre autres : analyser les politiques (options) et les projets d’électrification rurale mis en œuvre jusqu’à présent et en évaluer la cohérence, l’efficacité et la durabilité ; identifier et analyser les lacunes existantes au niveau des cadres institutionnel, juridique et opérationnel, qui entravent la promotion des énergies renouvelables comme option d’électrification rurale ; analyser les enjeux de l’électrification rurale basée sur les solutions énergétiques renouvelables comme catalyseur du développement durable pour la Guinée ; et enfin proposer des recommandations pour une électrification durable dans les zones rurales », a indiqué Aboubacar Diallo.
Au-delà de l’état des lieux, le document entend ainsi examiner la pertinence des choix opérés jusqu’ici, mettre en lumière les insuffisances du dispositif existant et dégager des orientations susceptibles de renforcer l’efficacité des interventions publiques en faveur des populations rurales.
Interrogé sur les résultats escomptés, le premier responsable du CECIDE a précisé les changements que l’organisation souhaite voir émerger à l’issue des échanges.
« Au sortir de cette rencontre notre attentes est que les politiques et les projets d’électrification rurale mis en œuvre jusqu’à présent en Guinée sont analysés du point de vue de la cohérence, de l’efficacité et de la durabilité. Que les lacunes présentes au niveau des cadres juridique, institutionnel, opérationnel et qui entravent l’usage des ER comme solution d’électrification rurale sont identifiées et analysées. Que les enjeux d’une électrification rurale basée sur les ER pour le développement durable de la Guinée sont analysés et que des recommandations pour une électrification rurale durable sont formulées. »
Entre engagements internationaux et contraintes structurelles, un secteur en quête de transformation.
Prenant le relais, Ibrahima Kalil Bamba, responsable du programme Gouvernance et directeur des programmes du CECIDE, a présenté les principaux constats de la note d’analyse. Son intervention a notamment mis en perspective les engagements internationaux de la Guinée, les ambitions affichées par les autorités et les contraintes qui continuent de limiter l’accès à une énergie fiable et durable.

« L’analyse des engagements internationaux de la Guinée dans le secteur énergétique inspire deux principales observations. La première est que ces engagements sont pensés en cohérence avec les exigences des objectifs de développement durable et de manière intégrée. Car, la protection de l’environnement, l’accès à la santé, à l’éducation, à l’hygiène, la protection de la biodiversité ainsi que la lutte contre les changements climatiques se reflètent dans les politiques publiques telles que la stratégie nationale de développement durable (SNDD), la Contribution nationale déterminée au niveau national (CNDN), etc. Dans cette optique, la Guinée s’est engagée à augmenter à 30% la part d’énergie renouvelables dans son mix énergétique dans le cadre de l’Accord de Paris. La seconde observation est la volonté politique affichée par les autorités politiques pour faire tourner la Guinée vers une électrification durable. Certes, les difficultés structurelles du sous-secteur de l’énergie électrique stimulent ce virage stratégique, il n’en demeure pas moins que l’ambition politique croise une vision de transformation économique portée le Programme Simandou 2040 qui nécessitera, sans conteste une production énergétique abondante, mais aussi durable et moins couteuse. », a expliqué Ibrahima Kalil Bamba.
Au-delà des engagements et des orientations stratégiques, le responsable du programme Gouvernance a également insisté sur les obstacles qui entravent la modernisation du secteur, en particulier dans les zones rurales.

« De même, il existe d’autres défis conjoncturels ou endogènes tels que l’accès relativement faible des ménages à l’électricité, la vétusté des infrastructures, le faible niveau de recouvrement des factures d’électricité, les malversations, les délestages récurrents, l’insuffisance du cadre législatif en matière de promotion des Énergies Renouvelables (ER) alors que le pays s’engage à « lever toutes les entraves au développement de la chaine de valeur énergétique ». D’autres défis non moins importants concernent la faible capacitée d’action de l’ANER, la difficulté de mobilisation des financements pour le PNER. A tout cela s’ajoutent des défis exogènes tel que l’impact des tensions géopolitiques sur les coûts de l’énergie au niveau international. Face à cette situation, on constate, depuis 2023, un virage progressif du gouvernement guinéen vers le développement du solaire PV, des mini réseaux verts et une priorisation de l’ERD. Car, l’électrification rurale est un enjeu primordial pour la Guinée à cause du déséquilibre territorial conséquent en termes d’accès à l’électricité entre les zones urbaines (81%) et les zones rurales (19%). Ces indicateurs mettent en exergue une évidente fracture énergétique territoriale. Ce n’est donc pas un hasard si les zones rurales sont les plus touchées par la pauvreté avec une incidence de pauvreté de 55,4% contre 22,4% en milieu urbain. (EHCVM, 2019). Ce virage se manifeste dans une volonté politique claire du Président de la République, Mamadi Doumbouya, qui, en 2024, a insisté sur « la nécessité pour notre pays de tirer profit de cette source d’énergie (solaire) disponible quasiment toute l’année ». Il a dans la foulée « encouragé le gouvernement à explorer toutes les possibilités de développement des centrales photovoltaïques dans toutes les régions de notre cher pays, notamment que toutes les approches soient envisagées dans les régions qui disposent permanemment du plein soleil nécessaire à son expansion et à sa concrétisation ». A la suite du Chef de l’État, le Premier Ministre, Amadou Oury Bah, après avoir érigé cette instruction présidentielle au rang de priorité dans sa déclaration de politique générale, a déclaré en mai 2024 que « des discussions sont en cours pour le développement de 500 MW d’énergie solaire avec comme objectif à moyen terme de disposer d’une capacité additionnelle d’au moins 1GW. » De nombreux projets de production d’énergie solaire PV sont en cours de mise en place ou de développement. Il s’agit par exemple des projets Koumaghéli, Kouramanghui, Karfamoriah. »
Ces constats mettent en évidence un décalage persistant entre les ambitions nationales et les réalités du terrain. Si le développement des énergies renouvelables, notamment du solaire photovoltaïque et des mini-réseaux, ouvre des perspectives pour les localités éloignées du réseau électrique conventionnel, la concrétisation de ces ambitions demeure tributaire de la capacité des institutions, de la mobilisation des financements et de la mise en place d’un cadre réglementaire adapté.
L’enjeu est d’autant plus important que les disparités d’accès à l’électricité recoupent les inégalités économiques et sociales. Selon les chiffres cités dans la note, le taux d’accès à l’électricité s’élève à 81 % en milieu urbain, contre seulement 19 % dans les zones rurales. Cette fracture énergétique se double d’une vulnérabilité économique plus marquée dans les campagnes, où l’incidence de la pauvreté atteignait 55,4 %, contre 22,4 % en milieu urbain, selon l’EHCVM de 2019.
Dans ce contexte, l’électrification rurale ne saurait être réduite à la seule installation d’infrastructures. Elle constitue également un levier potentiel de transformation économique, d’amélioration des conditions de vie et de renforcement des services sociaux de base.
À l’issue de son analyse, Ibrahima Kalil Bamba a souligné la nécessité de transformer les constats établis en propositions concrètes à l’intention des pouvoirs publics.
« Il ressort de cette analyse contextuelle que la Guinée fait des efforts pour atteindre l’accès universel à l’électricité et qu’elle se tourne davantage vers des options durables. Mais il existe de nombreux défis dont des entraves non seulement au développement de la chaine de valeur énergétique, mais aussi à la promotion des ER surtout dans les zones rurales. La compréhension de ces défis et des enjeux qui y sont rattachés à travers une approche holistique qui débouche sur des propositions concrètes, peut contribuer à enrichir la réflexion pour les décideurs publics, d’où cette note d’analyse que propose le CECIDE. »
Les participants saluent une initiative porteuse de perspectives.
Les échanges ont également permis aux participants de mieux appréhender les enjeux liés à la diversification des sources d’énergie et les retombées que pourrait générer une électrification rurale fondée sur des solutions adaptées aux réalités locales.
Présent à l’atelier, Aboubacar Fodé Sylla s’est réjoui de l’opportunité offerte par cette rencontre, qu’il considère comme un cadre d’apprentissage et de réflexion sur les politiques énergétiques nationales.

« Je sors de cette rencontre très édifier. Elle m’a permis de savoir les différentes actions mises en places par les autorités pour l’électrification de notre pays. J’ai également compris que l’énergie renouvelable a plusieurs avantages contrairement à l’énergie hydroélectrique qui engendrent beaucoup de conséquences pour la construction des barrages. Par contre avec l’énergie photovoltaïque non seulement les zones rurales auront de l’électricité avec moyens de dommages. En plus avec l’énergie solaire les citoyens des zones rurales sont développés leurs activités car ils auront la possibilité de conserver leur produit. Nous remercions le CECIDE pour cette opportunité et nous fondons espoir que les recommandations serviront au gouvernement pour l’amélioration en électricité dans les zones rurales », a-t-il témoigné.
Pour les communautés rurales, l’accès à l’électricité représente en effet un facteur déterminant de développement. Au-delà de l’éclairage domestique, il peut favoriser la conservation des produits agricoles, soutenir les activités génératrices de revenus et améliorer les conditions de fonctionnement des structures sanitaires et éducatives. La promotion de solutions renouvelables apparaît ainsi comme une piste à explorer pour répondre aux besoins des localités encore insuffisamment desservies.
Des recommandations attendues pour orienter l’action publique.
À travers cette initiative, le CECIDE entend contribuer à une meilleure prise en compte des réalités territoriales dans la conception et la mise en œuvre des politiques énergétiques. L’objectif est de faire émerger des recommandations susceptibles de renforcer la cohérence des interventions publiques, de lever les obstacles institutionnels et réglementaires et de favoriser le déploiement de solutions énergétiques durables dans les zones rurales.
La présentation de cette note d’analyse s’inscrit ainsi dans la continuité des actions menées par l’organisation en faveur de la bonne gouvernance et de l’amélioration des politiques publiques de développement. En plaçant l’électrification rurale au cœur des échanges entre acteurs institutionnels, société civile et médias, le CECIDE entend contribuer à une réflexion collective sur les conditions d’un accès plus équitable à l’énergie en Guinée.
Il convient enfin de rappeler que ces activités, conduites par le CECIDE dans le cadre de son programme Gouvernance, bénéficient du financement de son partenaire international, International Rivers (IR).
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