Les travaux de la réunion annuelle des organisations membres de la Coalition de la société civile du Processus de Kimberley (PK CSC), réunissant les pays africains producteurs de diamants, ont pris fin ce samedi 31 janvier 2026 dans la capitale sierra-léonaise.

Ouverte le 26 janvier dernier, cette rencontre de cinq jours a rassemblé des organisations de veille et de plaidoyer issues de plus de dix pays africains, notamment la République démocratique du Congo, le Zimbabwe, la République centrafricaine, le Cameroun, la Tanzanie, l’Angola, le Botswana, la Côte d’Ivoire, le Liberia, la République de Guinée et la Sierra Leone. Un partenaire européen y a également pris part, à travers le Network Movement for Justice and Development (NMJD), avec l’appui financier de l’Union européenne.

Durant ces assises, les membres de la coalition ont élaboré des stratégies communes visant à renforcer la surveillance du commerce des pierres précieuses, dans un contexte marqué par des débats persistants autour des droits humains et de la définition controversée des « diamants de conflit ».

Le CECIDE activement représenté

Organisation membre de la coalition, le Centre du Commerce International pour le Développement (CECIDE) a pris part aux travaux à travers son Directeur exécutif, Aboubacar Diallo, accompagné de Mamadou Diaby, directeur adjoint des programmes, coordinateur du programme Mines et Développement artisanal (MIDEXA) et coordinateur régional des activités du Processus de Kimberley en Afrique de l’Ouest.

Un rôle de “chien de garde” assumé

Dans son discours d’ouverture, le coordinateur sortant de la coalition, Jaff Bamenjo, a rappelé la mission centrale de la société civile au sein du dispositif international du Processus de Kimberley :

Le coordinateur sortant de la coalition, Jaff Bamenjo

« La coalition agit comme observateur officiel de la société civile au sein du Processus de Kimberley (KP), le système mondial de certification conçu pour stopper le commerce des diamants de conflit. Cette réunion se déroule sur fond de ce que les participants décrivent comme une instabilité géopolitique croissante et un espace civique en rétrécissement. »

Précisant davantage le positionnement de la coalition, il a souligné ceci.

« Notre rôle est comme celui d’un chien de garde. Nous respectons l’exploitation minière du diamant comme une activité économique légitime, mais notre priorité est la gouvernance des minéraux et la garantie que l’exploitation du diamant ne soit pas entachée par des violations des droits humains. La coalition agit dans une grande indépendance, notant qu’elle détermine ses priorités sur la base de preuves et d’analyses. »

La définition des diamants de conflit toujours au cœur des tensions.

Pour Mohamed Bah, responsable national du Processus de Kimberley en Sierra Leone, la principale ligne de fracture demeure inchangée.

« Le point clé de discorde au sein du PK reste la définition des diamants de conflit. Cela est un débat crucial non résolu qui nécessite un dialogue et un consensus renouvelés. Cette ambiguïté affaiblit la capacité du dispositif à s’adapter aux défis modernes des droits humains et de la gouvernance, au-delà de son focus initial sur les perles contrôlées par les rebelles. »

Une nouvelle coordination tournée vers les réformes

Désormais à la tête de la coalition, Abu Brima, également directeur exécutif du NMJD, a mis en exergue l’importance stratégique du secteur diamantifère pour la Sierra Leone, tout en évoquant la récente décision gouvernementale de reclasser les ressources minières dans une logique de souveraineté nationale.

Le coordinateur entrant de la coalition Abu Brima

« Nous venons de toute l’Afrique avec des expériences et des compétences diverses. La situation du diamant en Sierra Leone est symbolique. Le secteur diamantifère du pays a historiquement été entaché de conflits et fait désormais face à de violents vents économiques en conséquence d’un récent krach des volumes et de la valeur des exportations. »

Il a, par ailleurs, réaffirmé l’ouverture de la coalition à une coopération renforcée avec des partenaires tels que l’Union européenne.

« Le travail de la coalition relie deux décennies d’examen centré sur les diamants à des débats plus larges sur la gouvernance des minéraux. (…) Leur défi est de s’assurer que le Processus de Kimberley évolue pour traiter non seulement la provenance des pierres, mais aussi l’équité et la responsabilité de tout leur parcours vers le marché. »

Le rôle moteur du CECIDE rappelé

Intervenant lors de l’assemblée annuelle, Aboubacar Diallo Directeur Executif du CECIDE est revenu sur l’organisation, en janvier 2025 à Conakry, de la réunion annuelle de planification du PK CSC, co-facilitée avec la rencontre régionale d’Abidjan.

ABOUBACAR Diallo Directeur Executif du CECIDE.

« Le CECIDE a joué un rôle central dans l’organisation et la conduite, à Conakry, de la réunion annuelle de la Coalition de la Société Civile du Processus de Kimberley du 20 au 24 janvier 2025, qui a réuni des représentants de plusieurs pays africains et permis de définir les priorités, analyser les réalisations de 2024 et planifier les actions stratégiques pour 2025. »

Organisation guinéenne de référence dans la défense des droits des communautés affectées par l’exploitation minière, le CECIDE a multiplié les actions de terrain et de plaidoyer.

Le Directeur Executif du CECIDE en plein exposé à la reunion annuelle du PKK

« De janvier 2025 à date, le CECIDE a soutenu l’intégration de voix issues des communautés affectées par l’exploitation artisanale, notamment en favorisant des discussions sur l’impact socio-économique du secteur diamantifère, et en promouvant leur prise en compte dans les débats sur la réforme du Processus de Kimberley au niveau national et régional. »

Des défis structurels persistants en Guinée

Le Directeur exécutif du CECIDE n’a pas manqué de dresser un tableau lucide des difficultés majeures auxquelles le secteur est confronté en Guinée.

« La persistance de l’exploitation artisanale informelle et du commerce illicite. (…) Le manque de traçabilité effective, la porosité des frontières et la faiblesse du contrôle local compliquent les efforts de conformité et de lutte contre les diamants de conflit. »

MAMADOU DIABY Directeur des programmes adjoint du CECIDE

Il a également évoqué :« La faible capacité institutionnelle et les ressources limitées au niveau local (…) ainsi que l’insécurité et l’accès malaisé à certaines zones minières, qui entravent la collecte de données, le suivi indépendant et les actions de sensibilisation. »

Au-delà du diamant : une action multisectorielle.

Le CECIDE étend son champ d’action à d’autres filières extractives majeures :« Le CECIDE travaille sur trois secteurs autres que le secteur diamantifère : les secteurs aurifère, bauxitique et celui de l’exploitation du fer. (…) L’organisation met également un accent particulier sur la protection des droits des communautés affectées par les projets miniers, notamment les déplacements involontaires, la compensation, la dégradation environnementale et la santé publique. »

Un espace civique sous pression

Enfin, Aboubacar Diallo a alerté sur les contraintes qui pèsent sur l’action de la société civile en Guinée.

« L’environnement civique demeure marqué par des restrictions administratives, juridiques et sécuritaires qui limitent la liberté d’expression, de réunion et d’action des organisations de la société civile. »

Avant de conclure :« Les pressions, intimidations et risques pour les acteurs de la société civile affectent la capacité de la société civile à opérer librement, à mobiliser les communautés et à porter des critiques constructives. »

Photo des participantes

A rappeler que la réunion de Freetown vise, in fine, à formaliser un nouveau plan stratégique 2026-2028, en évaluant les actions passées et en orientant les ressources pour l’année à venir, dans l’objectif de faire évoluer le Processus de Kimberley vers un cadre plus inclusif, plus transparent et davantage respectueux des droits humains.

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